Égalité de genre : la Déclaration de Melbourne marque le passage des engagements à la prise de responsabilités – Women Deliver

Égalité de genre : la Déclaration de Melbourne marque le passage des engagements à la prise de responsabilités

30 avril 2026

« Trente ans après Pékin et trente-et-un ans après Le Caire, nous en sommes encore à débattre avec les hommes pour savoir si les femmes sont maîtresses de leur propre corps », a déclaré la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Mme Amina J. Mohammed.

« Garantir les droits des femmes et des filles reste une tâche inachevée à l’échelle mondiale. Pire encore, nous assistons à des reculs, les nouvelles technologies amplifiant la misogynie et les violences en ligne. »

Pour répondre à ces défis, la Déclaration de Melbourne pour l’égalité de genre, un engagement mondial visant à rééquilibrer le pouvoir, les ressources et l’obligation de rendre des comptes, a été lancée cette semaine lors de la conférence Women Deliver 2026 (WD2026). Elle propose une feuille de route pour combler l’écart entre l’horizon des possibles et les réalités vécues par les filles, les femmes et les personnes de diverses identités de genre.

La Déclaration établit un programme d’action au-delà de la Conférence, façonné par plus de 650 contributions issues de différentes régions, générations et mouvements. Elle identifie ce qui ne fonctionne pas et ce qui doit changer, et n’appartient à aucune organisation en particulier, mais aux personnes et aux mouvements qui la portent.

Axée sur la mise en œuvre, la Déclaration appelle les États à respecter leurs obligations en matière de droits humains, les institutions à s’atteler à rendre des comptes, et les organismes bailleurs de fonds à financer les mouvements féministes et les initiatives locales. Elle a déjà été approuvée par plusieurs pays, dont la Colombie, la Finlande, la France, le Mexique, la Norvège, la Slovénie, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Uruguay. 

Organisée pour la première fois dans la région Pacifique, WD2026 a mis en avant le leadership des populations autochtones et les voix régionales, soulignant l’importance d’ancrer les engagements mondiaux dans les réalités locales et les expériences vécues. Comme l’indique la Déclaration des femmes autochtones, cette démarche inclut la reconnaissance de la souveraineté, de l’autodétermination et du leadership des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones dans la construction d’avenirs justes et durables. La Déclaration de Melbourne reflète cet engagement : son nom rend hommage au lieu où la communauté mondiale s’est réunie, après des mois de consultation et de mobilisation, pour définir une voie commune.

La Présidente et directrice générale de Women Deliver, la Dr Maliha Khan, a affirmé que la Déclaration de Melbourne constituait un tournant décisif.

« C’est un engagement à rompre avec les pratiques actuelles. Elle reconnaît que le problème n’est pas le manque de promesses, mais l’incapacité à les concrétiser. La suite doit être définie par la volonté de rendre des comptes aux populations, pas seulement aux systèmes. »

« Nous appelons à un transfert de pouvoir vers les communautés, les mouvements et les personnes les plus touchées par les inégalités. C’est ainsi que nous construirons un avenir plus juste et durable », a-t-elle ajouté.

La Conférence a rassemblé 6 000 participant·e·s de plus de 189 pays, créant une plateforme mondiale de dialogue, de collaboration et d’action dans un contexte de pressions grandissantes sur l’égalité de genre.

Ce caractère urgent a été renforcé par une série d’engagements nouveaux et renouvelés annoncés tout au long de la Conférence, témoignant d’un élan croissant vers leur mise en œuvre. Parmi les actions clés figurent des engagements financiers majeurs, le lancement d’initiatives mondiales sur les systèmes de santé et les violences facilitées par la technologie, ainsi que le renforcement des engagements politiques en faveur de l’égalité de genre et des droits et de la santé en matière de sexualité et de reproduction.

Tout au long de la Conférence, les discussions ont porté sur le démantèlement de systèmes devenus défaillants, amoindris par un sous-financement chronique, un rétrécissement de l’espace civique et la montée de mouvements anti-droits coordonnés.

La Déclaration répond à ces enjeux en appelant à une réorientation de l’écosystème de l’égalité de genre, privilégiant les systèmes publics, renforçant la capacité de la société civile à demander des comptes et garantissant que les acteurs internationaux soutiennent la responsabilité des États et le leadership local au lieu de s’y substituer.

Paola Salwan Daher, directrice principale de l’action collective chez Women Deliver, a souligné que la Déclaration offrait un cadre pour un mécanisme durable de reddition de comptes.

« Il s’agit d’assurer la cohérence entre les actions et les engagements existants. La Déclaration de Melbourne établit un référentiel commun pour demander des comptes, aussi bien pour les gouvernements que pour les institutions et les bailleurs de fonds, et définit ce qui doit évoluer. »

« L’avenir de l’égalité de genre dépend de notre volonté d’investir dans les personnes et les mouvements qui ont toujours porté ce travail. Il apparaît clairement que le financement des mouvements féministes est essentiel pour défendre les acquis et avancer avec clarté, solidarité et détermination », a-t-elle ajouté.

À l’issue de la Conférence, l’attention se porte désormais sur la manière dont les gouvernements, les institutions et les organismes bailleurs de fonds traduiront la Déclaration en politiques, en financements et en actions concrètes.

« Nous vivons dans un monde où le progrès n’est pas garanti, où les conflits, le changement climatique, l’instabilité économique et le rétrécissement de l’espace civique redéfinissent la vie de millions de personnes. 

L’impact de la Déclaration de Melbourne sera mesuré à sa capacité à répondre à ces réalités et à produire des changements là où ils sont les plus urgents », a conclu Mme Khan.

Principaux engagements :

  • Women Deliver a lancé la campagne L’Ère des adolescentes, réunissant 47 organisations afin de s’appuyer sur le Manifeste des filles et de soutenir la participation des filles aux espaces de plaidoyer, y compris les mécanismes internationaux.
  • La Charte féministe pour les systèmes de santé a été lancée comme une étape majeure, mettant en avant les partenariats, la décolonisation et une approche systémique de la prestation des services de santé. Elle a suscité l’intérêt d’acteurs tels que The Lancet, ainsi que de partenaires régionaux, notamment le Liban. La représentante du ministère des Affaires étrangères du Mexique, Geraldine Gachuz, a établi un lien entre la Charte et la Déclaration de Melbourne et s’est engagée à faire progresser la santé en tant que droit humain, avec de nouvelles avancées attendues en janvier 2027.
  • Le Forum parlementaire global a approuvé l’Appel à l’action parlementaire de Melbourne, un appel collectif à défendre les droits, à réduire les inégalités de genre et à traduire les engagements en matière d’égalité de genre et de SDSR en actions concrètes et transparentes.
  • Le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce a annoncé une deuxième phase de son initiative Accelerating Investment in Women’s Rights (Accélérer l’investissement en faveur des droits des femmes), en s’engageant à mobiliser environ 62,5 millions de dollars US en faveur d’organisations et de fonds pour les droits des femmes dirigés localement sur une période de huit ans.
  • La Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) a engagé 61 millions de dollars US pour mettre fin au mariage des enfants, qui touche particulièrement les filles et les adolescentes.
  • Le lancement de PREVENT, une coalition mondiale visant à prévenir les violences de genre facilitées par la technologie, dirigée par The Lotus Flower, la création de deux nouveaux mécanismes de financement mixte par le Women’s Health Empowerment Network, ainsi que la réaffirmation des engagements en faveur de la SDSR, de l’égalité de genre et du multilatéralisme par des organisations telles que le Global Fund (Fonds mondial), y compris par le pays hôte, l’Australie.
  • La Fondation CHANEL, la Minderoo Foundation et neuf autres organisations font partie d’une coalition récemment annoncée de 11 grands bailleurs de fonds philanthropiques australiens, qui s’engagent à mobiliser un montant initial de 32,8 millions de dollars sur trois ans. Par ailleurs, la Fondation CHANEL, le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas et d’autres partenaires ont confirmé un financement de plus de 23 millions de dollars pour Leading from the South au cours des prochaines années, en reconnaissance du dixième anniversaire du partenariat.
  • Girl Effect a exprimé son engagement à collaborer avec les gouvernements et les communautés afin d’élargir l’accès des filles à la SDSR, à la prise en charge de la santé mentale, aux plateformes numériques et aux approches de transformation des normes sociales, avec un financement catalytique visant à étendre les initiatives efficaces.
  • Mama Cash, aux côtés de l’Alliance for Feminist Movements (Alliance pour les mouvements féministes), du Gender Funders CoLab et de Prospera International, a rejoint une coalition mondiale pour lancer « Accelerate Together », une initiative visant à mobiliser 600 millions de dollars US par an en faveur de mouvements de terrain dirigés par des femmes, en se concentrant sur des domaines tels que l’action climatique, la justice économique et l’autonomie corporelle.
  • La Fondation Gates a annoncé des investissements à hauteur de 11,5 millions de dollars US en faveur des adolescentes, incluant un engagement envers Girl Effect.
  • Plusieurs outils et documents d’orientation ont également été lancés, accompagnés de consultations intégrées, notamment la nouvelle politique de la Banque asiatique de développement (ADB) en matière d’égalité de genre et d’autonomisation des femmes, l’indice sur le genre dans la politique étrangère, ainsi que le calculateur de l’avortement sécurisé de Guttmacher

Déclaration de Melbourne pour l’égalité de genre

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