Ce qui s’est passé – Women Deliver


Ce qui s’est passé


Sur 12 sessions plénières et plusieurs événements spéciaux, 109 intervenant·e·s ont engagé des échanges autour des défis politiques déterminants de notre époque : recul démocratique, redevabilité en contexte de conflit, justice climatique et conditions structurelles qui façonnent la vie des filles, des femmes et des personnes de diverses identités de genre à l’échelle mondiale. Les intervenant·e·s ont mobilisé leurs expériences vécues, leur autorité politique et leurs savoirs issus des mouvements pour aller au-delà du constat et formuler des exigences collectives.

Mme Amina J. Mohammed se tient à un pupitre et s’exprime dans un micro portable, souriante, sur fond clair perforé.

Mme Amina J. Mohammed, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, s’exprime lors de l’événement Table ronde & fishbowl entre la VSG et les OSC sur ONU80 à la WD2026, un dialogue direct entre des responsables de la société civile et la direction de l’ONU sur l’initiative ONU80, incluant la proposition de fusion entre le FNUAP et ONU Femmes.

Réforme du multilatéralisme et redevabilité institutionnelle

La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies Amina Mohammed a engagé un dialogue direct avec des responsables de la société civile du monde entier, inscrivant le moment actuel dans un arc plus large d’engagements encore inachevés. Ses propos ont été implacables : les acquis fondamentaux des conférences de Beijing et du Caire restent contestés, et les ressources nécessaires pour les défendre diminuent. Elle a évoqué la proposition de fusion entre ONU Femmes et le FNUAP comme une opportunité de construire une architecture multilatérale plus cohérente et plus accessible pour l’égalité de genre. Ses interventions ont posé un fil conducteur clair pour la Conférence : la réforme institutionnelle doit être au service des mouvements, et non s’y substituer.

Leadership féministe et volonté politique

De nombreux·euses intervenant·e·s en sessions plénières ont abordé l’écart entre engagements politiques et mise en œuvre structurelle. La ministre australienne des Femmes (la sénatrice Katy Gallagher) ainsi que l’ancien Premier ministre du Canada Justin Trudeau ont tou·te·s deux évoqué les conditions nécessaires pour permettre aux gouvernements de faire réellement progresser l’égalité de genre, notamment la primauté de la prise de décisions guidée par les communautés sur les réformes descendantes. Les sessions ont refusé les récits performatifs du progrès, pour recentrer le débat sur la question de la redevabilité lorsque la volonté politique est mise sous pression.

Justice climatique et leadership du Pacifique

Tenue dans le contexte des préparatifs de la COP31, la session plénière sur le climat a placé les voix du Pacifique au centre et mis en avant des solutions portées par les communautés face aux pertes et préjudices. Le cadrage était volontaire : les communautés en première ligne ne sont pas de simples bénéficiaires passives des réponses climatiques, mais en sont des architectes actives. La session a renforcé un argument plus large de la Conférence : une action climatique déconnectée de la justice de genre, et des systèmes de savoirs des personnes les plus affectées, ne sera pas à la hauteur des exigences du moment.

Cinq panélistes sont assises dans des fauteuils blancs sur une scène sombre. Dame Jacinda Ardern, au centre, tient un micro et fait un geste de la main tandis que les autres panélistes l’écoutent parler. Le public est visible en silhouette au premier plan.

Dame Jacinda Ardern prend la parole lors de la session plénière « Les droits des femmes ne sont pas négociables : conflits, pouvoir et redevabilité » de la WD2026..

Conflits, redevabilité et limites du silence

La dernière session plénière thématique de la WD2026, « Les droits des femmes ne sont pas négociables : conflits, pouvoir et redevabilité », a compté parmi les moments les plus marquants de la Conférence. La session en panel a réuni des femmes ayant une expérience directe du déplacement forcé, des conflits et des défaillances des systèmes internationaux de protection. Cette session a reflété un tournant plus large de la WD2026 : la volonté de nommer les défaillances en matière de redevabilité dans des termes politiques précis, et non plus uniquement à travers des lectures systémiques abstraites. 


Deux jours, 12 pré-conférences

La conférence WD2026 s’est ouverte par deux jours de pré-conférences, plongeant plus de 2 000 délégué·e·s dans des échanges approfondis et ciblés avant le début du programme principal. Les 12 sessions ont couvert des enjeux aussi vastes que le mouvement lui-même, allant de « Décoloniser l’avenir : les femmes autochtones et des Premières Nations à l’avant-garde des traités et de la solidarité mondiale » à une journée dédiée aux acteur·rice·s du changement féministe engagé·e·s pour la justice pour les personnes en situation de handicap, ainsi qu’à une session stratégique sur la lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre. Les thématiques abordées ont également inclus le climat, la jeunesse, la philanthropie, la mutilation génitale féminine/excision (MGF/E), les données inclusives, MenCare Cities, l’autonomie corporelle, Girls Deliver et Queers Deliver.

Deux déléguées sourient autour d’une table d’atelier, avec des carnets et des bouteilles d’eau, tandis que d’autres participant·e·s sont visibles en arrière-plan.

Les délégué·e·s de la WD2026 collaborent dans des groupes d’ateliers.

La WD2026 a été conçue dès le départ par les jeunes. Plus de 100 bourses complètes ont permis de donner la priorité à la participation des jeunes, et des jeunes militant·e·s ont siégé dans chaque groupe de travail ayant contribué à définir la programmation et les orientations stratégiques de la Conférence. Les voix des jeunes ont été placées au centre des sessions plénières, des sessions simultanées, des événements parallèles et au-delà, Women Deliver facilitant activement l’accès de défenseur·euse·s des jeunes à des possibilités d’intervention tout au long du programme.

La pré-conférence pour les jeunes a donné le ton. Plus de 300 jeunes participant·e·s se sont réuni·e·s pour exposer leurs priorités en matière de financement, en présence de bailleur·euse·s de fonds et de représentant·e·s des Nations Unies qui ont écouté et répondu directement. De cette dynamique est né le document Youth Deliver : 6 priorités clés, un ensemble d’obligations déjà repris dans d’autres travaux de plaidoyer, notamment le Plan en 10 points pour le changement de Restless Development.

Cette énergie s’est prolongée dans la Zone jeunesse, un espace réservé aux délégué·e·s adolescent·e·s et jeunes pour leur permettre de créer du lien, de développer leurs compétences et de co-construire des interventions ayant de réelles implications politiques. Conçue et pilotée par un comité de planification des jeunes de cinq membres issu de la région du Pacifique, la Zone a été active pendant trois jours autour de sept domaines thématiques : santé mentale, redevabilité sociale, MGF/E, justice climatique, justice de genre, mouvements de base, et leadership des adolescentes et des jeunes.

Vue large d’une salle de conférence : une modératrice se tient à un pupitre tandis que plusieurs jeunes panélistes sont assises sur scène devant des bannières Girls Deliver, face à une salle comble de participant·e·s.

Une session de Girls Deliver réunit de jeunes intervenantes devant un public fourni.


Plus de 110 événements parallèles organisés par des partenaires se sont tenus en marge du programme principal, offrant aux militant·e·s, décideur·euse·s et bailleur·euse·s de fonds des espaces d’approfondissement, à travers des ateliers, des mises en réseau et des discussions de politiques prolongeant les échanges des scènes principales.


Des danseuses et des participant·e·s forment un cercle, les bras levés, autour d’un espace de rassemblement intérieur décoré de plantes natives.

Des participant·e·s assistent à une performance culturelle à l’espace de rassemblement Baggarrook Biik dans le hall d’exposition de la WD2026.

Plus de 110 organisations ont transformé le hall d’exposition en un pôle dynamique de connexion, d’apprentissage et d’action sur 165 stands et huit espaces dédiés. À l’espace de rassemblement Baggarrook Biik, les délégué·e·s ont participé à des cercles de tressage et de récit, aux Rassemblements du bien-être, ainsi qu’à des performances et des échanges. Des conversations thématiques ont eu lieu dans l’espace Climat et Genre, l’espace Déclaration, l’espace Financement et l’espace Multilatéralisme, tandis que la Zone jeunesse a réuni des jeunes militant·e·s. L’espace Arts et l’espace Corps & esprit ont proposé des espaces créatifs et régénérateurs, incluant ateliers artistiques, danse et yoga. Une fresque murale en direct, un terrain de pickleball et un espace de repos complétaient l’ensemble.

Deux femmes se tiennent debout et présentent une œuvre dessinée à la main sur tissu dans un espace de conférence ; des œuvres artistiques féministes colorées sont exposées sur les murs en arrière-plan.

Des participantes présentent leur œuvre collective lors d’un atelier créatif à l’espace Arts de la WD2026.


Le programme des sessions simultanées a inclus plus de 110 sessions, dont beaucoup ont adopté de nouveaux formats avec moins de panels et davantage de groupes de travail, de discussions stratégiques et d’ateliers interactifs. Une grande diversité de thématiques y a été abordée, notamment la santé, les violences basées sur le genre, le climat, les savoirs et le leadership autochtones, l’éducation, la justice économique, la santé et les droits en matière de sexualité et de reproduction (SDSR), les enjeux LGBTQI+, l’intelligence artificielle, la participation politique, et bien d’autres. De manière critique, ces espaces ont permis de tisser des liens entre mouvements et secteurs, par lesquels les discussions sur ces thématiques n’ont pas été cloisonnées, mais ont compris ces dernières comme ayant des causes profondes interdépendantes, nécessitant des réponses intégrées.

Pas une question de rareté, mais de choix

Un large consensus s’est dégagé autour de l’idée que les ressources existantes sont suffisantes pour répondre aux crises ; le problème réside dans la définition des priorités et la volonté politique, et non dans la rareté. Ce qui est fait, ouvertement ou non, relève d’un choix  : celui de déterminer quelles vies sont protégées et quelles souffrances sont normalisées.

L’argument en faveur d’un changement structurel

Dans de nombreuses sessions simultanées, un même constat s’est imposé : les systèmes en place ne sont pas accidentellement inadaptés, mais ont été conçus, ou ont évolué, de manière à exclure. Le changement structurel n’est pas une revendication parmi d’autres, mais la condition préalable à toutes les autres. Les programmes intégrés, la participation réelle et un financement durable ne peuvent pas être construits sur des structures dont la finalité est de concentrer le pouvoir plutôt que de le redistribuer. 

Le travail de ce moment consiste à nommer cela clairement, et à affirmer, dans chaque tribune politique et financière disponible, que la redistribution du pouvoir n’est pas une aspiration de long terme, mais une exigence fondamentale.

Nous aussi, nous sommes puissant·e·s

Les mouvements de défense des droits des femmes ont tendance à surestimer le pouvoir de leurs opposant·e·s et à sous-estimer le leur. La reconnaissance du pouvoir collectif et individuel constitue une condition préalable à une action efficace.

Six panélistes sont assises sur une rangée de chaises ; une femme vêtue d’une robe à fleurs parle dans un micro qu'elle tient à la main.

Des panélistes échangent des idées lors d’une session simultanée.

Focus sur une session : « Nous sommes ici pour longtemps » 

Une session a posé une question qui trouve rarement sa place dans les programmes de la Conférence : quel est le coût de porter le changement lorsque l’on porte aussi en soi des conflits non résolus ? The Long Game Calls Us Here a réuni des femmes actrices du changement pour explorer la connaissance de soi, les mécanismes d’auto-sabotage, les limites personnelles et les liens entre conflits intérieurs et conflits extérieurs. La session a donné lieu à des échanges d’une grande sincérité et à une prise de conscience partagée : partout dans le monde, nombreux·euses sont celleux d’entre nous qui portent les mêmes voix intérieures.

Focus sur une session : POWER4Girls

La session POWER4Girls a réuni des filles, des bailleur·euse·s de fonds et des représentant·e·s gouvernementaux·ales pour examiner la manière dont les filles se mobilisent pour combler les lacunes de systèmes qui n’ont jamais été conçus pour répondre à leurs besoins, tout en plaidant simultanément pour leur transformation. La session, qui a fait salle comble, a depuis contribué à la création d’un espace d’apprentissage dédié aux bailleur·euse·s de fonds sur la mobilisation de ressources pour les filles dans les contextes humanitaires, animé par Purposeful et UNICEF.

Focus sur une session : La législation contre les violences basées sur le genre facilitées par la technologie existe déjà. Alors pourquoi les jeunes femmes sont-elles toujours en danger ?

Lorsque GRIT, le FNUAP et Our Watch ont animé leur session lors de la WD2026, celle-ci reposait sur des recherches menées par des enfants sur les violences basées sur le genre facilitées par la technologie. Ce qui a suivi a été un véritable processus de co-conception : chaque organisation a adapté son approche afin de permettre aux autres d’apporter pleinement leur expertise. Il en a résulté une session plus solide et plus équilibrée que ce qu’une seule organisation aurait pu élaborer seule, ainsi qu’un partenariat qui s’est prolongé bien au-delà de Narrm.

Focus sur une session : EMILY’s List Australia

La session d’EMILY’s List Australia a consacré l’essentiel de son temps à des travaux en petits groupes animés, réunissant des participant·e·s de toute la région Asie-Pacifique autour d’une question concrète : comment encourager davantage de femmes à se présenter aux élections législatives dans leurs propres contextes ? Chaque personne a quitté la session avec au moins une action concrète qu’elle avait consignée et s’était engagée à mettre en œuvre. Les liens créés lors de cette rencontre ne se sont pas arrêtés à la fin de la session : de nouvelles relations se sont nouées, notamment entre des participant·e·s d’Afrique australe, et se poursuivent depuis Narrm, à travers le partage d’idées, de ressources et d’élans collectifs en faveur de parlements plus égalitaires du point de vue du genre.