
2. Participation et co-direction équitables des jeunes
Les Jeunes leaders de Women Deliver collaborent lors d’un atelier régional au Kenya. Source : Brian Otieno
Partout dans le monde, les jeunes mènent la barque du changement social. Pourtant, l’approche actuelle de la participation des jeunes22 dans les espaces de plaidoyer pour l’égalité de genre et la santé s’arrête souvent à la participation et à la consultation de la jeunesse, parvenant rarement au niveau d’un véritable leadership et d’une véritable appropriation par cette dernière. Les jeunes sont rarement invité·e·s à participer à la prise de décision, et les initiatives menées par les jeunes sont souvent conçues pour être marginales et n’impliquent que peu ou pas de participation de la part des autres groupes d’âge. Cependant, cette approche représente non seulement une occasion ratée en matière de renforcement de l’égalité de genre et de résultats en matière de santé, mais elle prive également les jeunes de leur droit d’être aux commandes de leur avenir et de l’avenir de la planète.
Une autre lacune de l’approche actuelle de l’engagement significatif de la jeunesse est que les jeunes sont considéré·e·s comme un groupe indifférencié et homogène, ignorant ainsi les expériences, les vulnérabilités et les besoins uniques de groupes distincts formant la jeunesse. Ce faisant, seul·e·s les jeunes les plus privilégié·e·s sont en mesure d’influencer les politiques en matière d’égalité de genre et de santé. Pourtant, les questions d’égalité de genre et de santé les plus difficiles à résoudre dans le monde ont souvent un impact direct, conséquent et disproportionné sur les jeunes plus marginalisé·e·s, surtout celles et ceux qui présentent des vulnérabilités intersectionnelles et de multiples identités non binaires, comme les adolescentes, les personnes non binaires, celles qui ont des capacités différentes ou qui appartiennent à des groupes minoritaires. Ces espaces d’influence doivent être créés pour et en collaboration avec les jeunes plus marginalisé·e·s de manière à impliquer équitablement les jeunes dans l’élaboration des politiques mondiales. Si ces jeunes jouent un rôle de premier plan dans les processus d’élaboration des politiques, le monde disposera de systèmes de santé plus équitables, capables de répondre plus efficacement aux besoins de toutes les populations.
Cette publication présente une nouvelle approche de la participation des jeunes, connue sous le nom de Participation et co-direction équitables de la jeunesse (EYECL), qui répond à ces défis et propose un guide clair sur la mise en œuvre de l’EYECL au sein des gouvernements et d’autres espaces de plaidoyer.
Terme clé : IntersectionnalitéInventé par l’universitaire et théoricienne critique de la race Kimberlé Crenshaw en 199023 , le terme d’intersectionnalité fait allusion à la notion selon laquelle les individus ont des identités multiples qui se chevauchent (telles que la race, l’ethnicité, le genre, la sexualité, l’âge, les aptitudes, le statut socio-économique, etc.) et que ces identités ne peuvent être comprises indépendamment les unes des autres. Au contraire, elles sont entrelacées et peuvent créer des expériences uniques d'oppression et de privilège. |
Définition de la participation et de la co-direction équitables des jeunes
La participation et la co-direction équitables des jeunes est un processus transformateur et intentionnel dans lequel les jeunes occupent des positions de pouvoir et de leadership aux côtés d’autres parties prenantes qui peuvent être des détenteur·ice·s traditionnel·le·s de pouvoir. Cela comprend le pouvoir de concevoir et de créer des politiques, des programmes et des initiatives, de prendre des décisions et d’établir l’ordre du jour, et de rendre les leaders et les décideur·euse·s redevables de leurs actes.
![Image 2.1: The pillars of equitable youth engagement and co-leadership[a][b]](/eyecl/images/wd/FR/chap2/image3.jpg)
Dans le cadre de ce processus, il est prévu que les jeunes reçoivent une compensation financière adéquate et équitable en reconnaissance de leur expertise et de leur énergie, accompagnée d’un soutien technique ou d’un renforcement des capacités nécessaires pour qu’ils et elles puissent mener à bien leur mission.
Enfin, un environnement favorable et inclusif est créé de manière à ce que les jeunes soient reconnu·e·s sur le plan institutionnel et structurel en tant qu’expert·e·s (et pas seulement en tant que représentant·e·s d’un groupe d’âge) et traité·e·s avec respect en tant qu’égaux·ales ; les jeunes sont libres de s’exprimer et leur autonomie est respectée sans crainte de représailles24 ; une protection solide garantit la sécurité mentale, émotionnelle et physique des jeunes ; les informations sont partagées de manière transparente, opportune et adaptée aux jeunes ; et la participation et la co-direction équitables des jeunes est intégrée dans la conception ou la structure d’un processus dès sa conception.
La participation équitable des jeunes est censée s’efforcer de « maximiser le potentiel des jeunes et de minimiser leurs vulnérabilités... par le biais de programmes, d’apprentissage et de partenariats stratégiques »25 Notre approche de la participation équitable des jeunes englobe les concepts interdépendants de co-direction, de co-création et de co-propriété.
Co-direction
La co-direction est un modèle de leadership dans lequel deux personnes ou plus partagent le pouvoir, l’autorité, la responsabilité et l’influence. Elle peut se révéler très utile dans les situations où de multiples perspectives sont nécessaires pour résoudre un problème complexe.
La co-direction féministe est une variante de cette approche qui met l’accent sur la collaboration, la diversité, l’inclusion et la répartition équitable du pouvoir dans les processus de prise de décision. Fondée sur des principes féministes, elle exige un degré élevé de confiance et de communication, ainsi qu’une délimitation claire des rôles et des
responsabilités afin d’éviter toute confusion ou tout conflit. Bien menée, la co-direction féministe peut servir de « pratique de libération collective », mais il faut pour cela, être « sensible et attentif·ve aux courants de pouvoir, à la diffusion et au tissage des manifestations de celui-ci de manière à perturber les concentrations linéaires et verticales de pouvoir qui sont à la base des systèmes patriarcaux et capitalistes d’inégalité.26
La co-direction n'est pas un concept nouveau, mais dans le domaine de la participation des jeunes, elle est de plus en plus reconnue comme une meilleure pratique qui non seulement donne aux jeunes une plus grande influence sur la prise de décision et l’établissement de l’ordre du jour, mais aboutit également à des relations intergénérationnelles riches et à un apprentissage mutuel. La co-direction peut aider les jeunes à décentraliser les hiérarchies traditionnelles et à renégocier le pouvoir tout en s’encourageant mutuellement et en renforçant la communauté. Pendant le tissage des relations, un aspect clé de la co-direction exige de consacrer plus de temps, mais il peut en fin de compte rendre les programmes plus efficaces en créant un environnement propice à la collaboration, à la critique constructive et à la résolution des conflits. En outre, « lorsqu’il s’agit de vision stratégique et de prise de risque, la co-direction offre la possibilité de prendre des mesures audacieuses grâce au dialogue, à l’analyse et au soutien supplémentaires »27 que les différents leaders peuvent apporter à la table. Enfin, une approche de co-direction peut permettre des « cycles critiques de repos et de reconstitution » 28, ce qui est particulièrement crucial dans les domaines de la justice sociale, de l’égalité de genre et du développement durable.
Co-création
La co-création est une approche participative de la prise de décision et de la conception de programmes consistant à valoriser l’apport et l’expertise de différents points de vue afin de générer des solutions plus innovantes et plus efficaces.
Il s’agit d’abandonner les approches traditionnelles descendantes au profit d’un processus plus inclusif, dans lequel toutes les parties prenantes sont encouragées à s’exprimer, à contribuer aux résultats et à façonner la société dans laquelle elles vivent. L’écrivain et chercheur Julian Stodd décrit la co-création comme un « processus d’apprentissage social et de collaboration que nous expérimentons au sein de la communauté, un processus itératif et raffiné de révision de nos messages et de notre pensée », et affirme en outre que « le changement co-créé est puissant, car l’équipe se l’approprie de manière émotionnelle et intellectuelle à la fois ».29 « Le Manifeste des jeunes féministes du Forum pour l’égalité des générations (GEF) fait remarquer que la co-création « nous permet de tirer parti de nos connaissances collectives » tout en « changeant la façon dont nous abordons l’appropriation ». 30 Si la participation et la co-direction équitables des jeunes reposent sur le principe selon lequel les jeunes sont les expert·e·s de leur propre vie et, par conséquent, les mieux placé·e·s pour identifier des solutions aux problèmes auxquels sont confrontées leurs communautés, les processus de co-création leur permettront d’articuler, de cartographier et d’élaborer ces solutions. Cela permet de soutenir la capacité d’action des jeunes et de leur donner les moyens de contribuer activement au changement.

Le processus de co-création peut ne pas être linéaire et, à l’instar des modèles de co-direction, peut nécessiter un engagement financier ou temporel plus important. Cependant, la co-création peut être considérée comme un processus plus long qui apporte des solutions à long terme, car elle est plus susceptible de garantir la durabilité des programmes et des politiques. Ce processus permet d’instaurer un climat de confiance entre les jeunes et les partenaires, car toutes les personnes impliquées tissent des relations tout au long du projet. Cela peut mener à une plus grande collaboration à l’avenir. En outre, la co-création favorise l’appropriation par les personnes impliquées, car chacun·e des co-créateur·rice·s voie sa propre idée représentée dans le projet.31 L'appropriation conjointe peut aboutir à des résultats plus durables, car davantage de personnes s’investissent dans la réussite d’un projet et même dans sa pérennité si nécessaire. Les partenaires et les décideur·euse·s qui s’engagent à collaborer avec les jeunes doivent comprendre que les déséquilibres de pouvoir peuvent rendre difficile l’adoption d’un langage et d’un rythme communs. Toutefois, le renforcement de la capacité d’action des jeunes peut constituer à la fois une solution à ce problème et un résultat positif.
Pourquoi de nombreuses organisations éprouvent-elles des difficultés à impliquer les jeunes de manière équitable ?
Il est possible que certaines organisations, certains gouvernements et d’autres institutions dirigées par des adultes résistent au changement des méthodes de travail traditionnelles ou ne fassent pas confiance aux capacités et à l’expertise des jeunes. Ces institutions sont souvent influencées par des stéréotypes et des normes limitant ou excluant la participation des jeunes. S’attaquer à ces préjugés est un point de départ crucial pour une participation et une co-direction équitables des jeunes.
Même lorsque des institutions dirigées par des adultes cherchent à s’associer à des jeunes, les déséquilibres de pouvoir entre les adultes et les jeunes peuvent créer des difficultés pour nouer des relations équitables. Travailler avec des jeunes d’origines et parcours divers peut également nécessiter plus de patience en raison des différences de langues, de styles de travail et d’intérêts. Néanmoins, si les institutions souhaitent impliquer les jeunes, elles doivent d’abord reconnaître et cibler les dynamiques de pouvoir inéquitables. Pour renforcer la capacité d’action des jeunes, les institutions qui travaillent avec les jeunes doivent adopter une approche fondée sur la différence d’âge et prendre des mesures concrètes pour réduire autant que possible les déficits et les asymétries.
En outre, la participation équitable des jeunes et les modèles participatifs sont souvent perçus, à tort, comme des moyens de transférer les responsabilités professionnelles. Par conséquent, des objectifs irréalistes sont souvent fixés. Bien que les jeunes soient des expert·e·s de leur vie, il ne faut pas confondre cela avec l’expertise professionnelle. Les processus d’apprentissage exigent du temps et des efforts afin de créer un environnement favorable permettant aux jeunes de développer leurs compétences et leur expertise. Outre les compétences des jeunes, la capacité et l’expérience des adultes à travailler avec les jeunes doivent également être examinées. Les adultes qui cherchent à établir des partenariats avec les jeunes peuvent avoir besoin d’une formation ou d’une orientation sur la manière de nouer ces relations de manière significative et équitable.
Étude de cas :
La co-direction au Forum pour l’égalité des générations et la création de la force opérationnelle des jeunes pour l’égalité des générations
En 2021, le Forum pour l’égalité des générations (GEF), un parcours d’action de cinq ans visant à réaliser des progrès irréversibles en matière d’égalité de genre, a été fondé sur une série d’actions concrètes, ambitieuses et transformatrices. Le Forum a été convoqué par ONU Femmes et coprésidé par les gouvernements de la France et du Mexique, en partenariat avec les jeunes et la société civile. Il s’est déroulé du 29 au 31 mars 2021 à Mexico, au Mexique, et du 30 juin au 2 juillet 2021 à Paris, en France. C’est la première fois dans l’histoire de l’ONU qu’une initiative est co-conçue, co-créée et co-présidée par les Etats membres, les jeunes et la société civile, avec celles et ceux impliqué·e·s partageant tous·tes le pouvoir et l’engagement. Le Forum a généré 40 milliards de dollars d’engagements financiers, politiques et liés à des programmes.
La force opérationnelle des jeunes pour l’égalité des générations (YTF) a été créé afin de représenter les jeunes selon les identités diverses et intersectionnelles et de faciliter le leadership et la participation des jeunes au GEF. Cette force opérationnelle est composée de 40 jeunes défenseur·euse·s des droits humains du monde entier qui ont consacré leur vie à la promotion de l’égalité de genre. Elle représente également divers groupes d’intérêt, notamment des adolescent·e·s, des jeunes LGBTQIA+, des jeunes vivant avec le VIH, des jeunes en situation de handicap, des jeunes autochtones, des Afro-descendant·e·s, des jeunes appartenant à des minorités ethniques, religieuses ou de caste, des professionnel·le·s du secteur de la santé et des militant·e·s de la justice climatique. La force opérationnelle des jeunes (YTF) est l’une des coprésident·e·s du GEF.
Bien que la structure de la co-direction des jeunes soit très prometteuse, les adolescent·e·s et les jeunes ont également été confronté·e·s à des défis pour s’engager dans le GEF. Bien que l’ONU Femmes et les États membres aient soutenu le leadership de la force opérationnelle des jeunes, il existe toujours un déséquilibre de pouvoir au sein du GEF et de ses autres structures. Certains membres de la force opérationnelle des jeunes ont constaté que leur participation était purement tokenisée et ont soulevé des questions sur l’inclusion et la diversité dans diverses sessions du GEF. Suite à ces préoccupations, les jeunes ont recommandé des stratégies de transfert et de partage du pouvoir, dont certaines ont été mises en œuvre. Les jeunes impliqué·e·s dans le GEF ont également co-créé le Manifeste des jeunes féministes32 pour souligner les objectifs et les aspirations de toutes les structures de jeunesse au sein du GEF.
Mise en œuvre de la participation et de la co-direction équitables des jeunes
En nous appuyant sur ces cadres existants et sur les contributions des jeunes défenseur·e·s de causes, nous avons conçu un processus clair et rationalisé que les organisations, les bailleur·euse·s de fonds et les gouvernements peuvent mettre en œuvre lorsqu’ils impliquent les jeunes en tant que co-créateurs, co-concepteurs et co-leaders. Ce processus peut être appliqué à des projets tels que :
- La formation d’un comité ou d’un conseil consultatif des jeunes ;
- La production conjointe d’une ressource, d’une publication ou d’une recherche ;
- La cocréation ou la conception de programmes en collaboration avec et pour les jeunes, y compris dans le cadre de consultations avec les jeunes ;
- La participation à des programmes ou à des processus d’octroi de subventions participatifs ; et
- Le renforcement intentionnel des compétences des jeunes par le biais de formations, de partage des connaissances, de mentorat et de partage des ressources d’apprentissage.
Le partenariat Generation Unlimited du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) rappelle que :
« Il est important de souligner qu’une position réservée au sein d’un conseil ou d’un comité ne se traduit pas nécessairement par une participation significative de la jeunesse ou une véritable co-direction. Lorsque des structures décisionnelles hiérarchiques bien établies ou une culture d’adultisme prévalent, cette participation peut facilement se transformer en tokénisme. Définir clairement le rôle de la jeune personne et articuler les responsabilisations mutuelles avec les personnes en place constituent des conditions préalables importantes. Il est important d'être attentif·ve au transfert de pouvoir et d'aborder consciemment les normes culturelles ou les barrières qui peuvent entraver la co-direction. Un processus de co-création complet, étayé par des principes de transparence, de redevabilité et de partage du pouvoir, peut contribuer à l’établissement de véritables partenariats entre les générations plus âgées et plus jeunes ».33

1. Intégrez la participation et la co-direction équitables des jeunes dans la conception initiale du projet ou du processus.
- Dès le début d’un projet, il convient d’examiner si et comment les jeunes peuvent s’engager et contribuer au projet.
- Identifiez dès le départ l’objectif de la collaboration avec les jeunes dans le cadre de ce projet. Évitez l'inclusion tokenisée et veillez à ce que l'intention soit ancrée dans une participation équitable plutôt que dans le simple respect de quotas.
- Évaluez les risques, surtout d’exploitation et d’abus, posés par la participation des jeunes au projet. Concevez des mesures d’atténuation appropriées pour garantir la sécurité des jeunes dans le projet. Pour obtenir des ressources supplémentaires, Women Deliver et ses partenaires ont élaboré les politiques et ressources suivantes concernant la sécurité et le bien-être, en particulier la sécurité des jeunes
- Politique de protection des enfants et des jeunes
- Guide de protection des jeunes
- Directives sur la protection en ligne
2. Mettez en œuvre un processus équitable et transparent pour identifier les personnes, les organisations et les institutions avec lesquelles il convient de co-créer, de co-concevoir ou de co-diriger.
- Établissez des critères de sélection clairs basés sur les exigences du rôle. Examinez si les critères ne risquent pas d’exclure ou de discriminer des candidat·e·s par ailleurs qualifié·e·s.
- Souvenez vous que les jeunes constituent un groupe diversifié composé de nombreuses populations différentes. Une petite sélection de jeunes ne représentera pas tous·tes les jeunes d’une population donnée. Tenez-en compte lors de l’élaboration de vos critères.
- Évitez le tokénisme dans le processus de sélection - sélectionnez des personnes pour la valeur qu'elles apportent, et pas seulement parce qu'elles sont membres d'un groupe identitaire.
- Mettez en place un comité d’examen et de décision diversifié, comprenant des personnes issues des communautés des candidat·e·s ciblé·e·s.
- Simplifiez le processus de candidature ou de déclaration d’intérêt pour ne demander que ce qui est nécessaire à la sélection. En tant qu’entité chargée du recrutement, ne créez pas de travail supplémentaire pour les candidat·e·s.
- Définissez et communiquez clairement la rémunération, la formation ou le soutien qui seront offerts dès le départ, afin que les candidat·e·s puissent prendre des décisions éclairées quant à leur participation à un projet.
3. Définissez le projet et les méthodes de travail.
- Prenez le temps d’apprendre à vous connaître personnellement et de développer des relations avant de commencer le projet.
- Définissez les buts et les objectifs du projet et assurez-vous que tout le monde est d’accord sur ces objectifs.
- Établissez des règles et des accords sur la manière de travailler ensemble, y compris la structure ou le format de la collaboration, comme les réunions ou l’édition conjointe. D’autres méthodes de travail dont il est important de tenir compte sont les suivantes :
- Garantir l’accessibilité en simplifiant le langage, en évitant le jargon et en fournissant des définitions claires de toute terminologie spécialisée, le cas échéant.
- Utiliser des outils qui permettent aux jeunes en situation de handicap de participer équitablement à l’élaboration des politiques, tels que les lecteurs d’écran et le texte alt.
- Faire preuve de flexibilité - travailler avec des jeunes peut exiger de travailler différemment qu’avec des collègues adultes, surtout s’ils et elles sont à l'école ou ont d’autres emplois, s’ils et elles se trouvent dans des environnements à faible connexion Internet ou se trouvent dans des fuseaux horaires différents.
Déterminer conjointement le niveau d’effort, de travail et d’engagement requis de la part de chaque participant·e et veiller à ce qu'ils et elles soient correctement rémunéré·e·s pour leurs contributions.
Étude de cas :
L’approche de Women Deliver en matière de rétribution financière pour les jeunes
Dans le cadre de son engagement à devenir une ONG antiraciste, décoloniale, inclusive et accessible, Women Deliver croit en la nécessité d’honorer et de reconnaître le temps, l’expertise et l’énergie consacrés par les jeunes dans le cadre d’une opportunité affiliée à Women Deliver. L’octroi de rétribution financière est un moyen pour Women Deliver de donner la priorité à l’accessibilité, à la communication et aux ressources. En outre, l’octroi de rétribution financière encourage à ne plus considérer les défenseur·e·s de terrain, les défenseur·e·s locaux·ales et/ou les jeunes comme des bénéficiaires, mais comme des leaders et des expert·e·s. Les rétributions financières peuvent permettre de faire entendre des voix diverses qui ont été ignorées ou tokenisées depuis longtemps.
L’octroi de rétribution financière n’est qu’une étape d’un parcours beaucoup plus long visant à garantir une participation équitable de la jeunesse, comme décrit dans ce chapitre, et ne doit pas être utilisé à la place d’une rémunération pour services, d’une indemnité de déplacement ou d’Internet, ou d'une indemnité journalière. Women Deliver offre entre 25 et 1 000 dollars en fonction de la portée et de la longévité du projet et/ou de l’activité, du temps et des efforts consacrés par le bénéficiaire, de son niveau d’effort, de la disponibilité des fonds et de la répartition équitable des rétributions financières pour les participant·e·s au projet.
En règle générale, le niveau d’effort est le facteur le plus important à prendre en considération. S’il est limité, des rétributions financières plus modestes peuvent être offertes. Si le niveau d’intérêt est plus élevé, une augmentation correspondante du montant offert est justifiée. Les risques potentiels de protection liés à l’octroi de fonds, en particulier à des adolescent·e·s, doivent être pris en compte avant l’octroi de rétributions financières.
4. Collaborez au projet.
- Effectuez des contrôles réguliers pour obtenir un retour d’information et évaluer l’évolution du projet.
- Établissez des mécanismes clairs pour une communication ouverte et honnête.
- Procédez à des ajustements pour assurer l’accessibilité et l’inclusion.
- Reconnaissez la prévalence du centrage sur les adultes dans la conception traditionnelle des organisations et des institutions et reconnaissez les difficultés que les jeunes peuvent rencontrer lorsqu’ils et elles travaillent aux côtés des adultes.
- Établissez des stratégies claires qui respectent les différents rythmes d’apprentissage et les conditions contextuelles des jeunes concerné·e·s.
- Tenez-vous mutuellement responsables de l’exécution du travail conformément aux méthodes de travail convenues.
- Partagez les informations et les ressources de connaissances de manière transparente.
- Fournissez des formations et des ressources tout au long du processus.
5. Achevez et évaluez le projet.
- Reconnaissez toutes les personnes impliquées en tant que porteur·euse·s de projet, y compris dans le cadre de l’annonce publique ou de la publication du projet, le cas échéant.
- Réfléchissez à ce qui a fonctionné et ce qui peut être amélioré dans le processus de co-création, dans une optique d’apprentissage mutuel et d’amélioration.
- Déterminez conjointement un cadre d’évaluation (mesures, indicateurs, etc.) qui encourage l’apprentissage, et menez à bien l’évaluation comme convenu.
Étude de cas :
Co-création au niveau de Women Deliver : Comité de planification des jeunes de WD2023
Dans le cadre de la préparation de sa conférence vedette, Women Deliver 2023 (WD2023), Women Deliver a reconnu l’importance cruciale de placer les jeunes dans des rôles de prise de décision pour les programmes destinés aux jeunes de WD2023. La mise en place d’un organe consultatif des jeunes a été incluse dans la conception initiale de création de WD2023, afin de fournir une contribution stratégique au développement et à la mise en œuvre de la conférence en codirigeant et en cocréant tous les programmes destinés aux jeunes.
Le comité de planification des jeunes du projet WD202334 est composé de six jeunes leaders du programme Women Deliver, de six ancien‧ne·s jeunes leaders et de six jeunes défenseur·e·s de causes en dehors du programme des jeunes leaders de Women Deliver. Cette démarche était intentionnelle afin de s’assurer que les trois groupes de jeunes étaient représentés de manière égale au sein du comité. Women Deliver a créé des termes de référence (TDR) détaillés pour le Comité de planification des jeunes qui comprenaient des informations générales, l’objectif du Comité, les principales responsabilités, la rémunération et le soutien technique fournis, les qualifications, et une description du processus de candidature et de sélection. Ces termes de référence ont été publiés sur les réseaux sociaux de Women Deliver et partagés avec les jeunes leaders et les réseaux de jeunes afin de garantir un processus de candidature ouvert. Après la clôture de la fenêtre de candidature de quatre semaines, un comité d’examen varié composé de membres du personnel de Women Deliver, de conseiller·ère·s
régional·e·s et de membres du comité des ancien·ne·s jeunes leaders a examiné les candidatures à l’aide d’une matrice d’examen commune. Chaque candidature a été évaluée par 2 ou 3 évaluateur·rice·s. La sélection finale a été faite sur la base de commentaires des évaluateur·rice·s et des efforts ont été faits pour assurer la diversité régionale et démographique du comité.
Le comité de planification des jeunes du projet WD2023 a tenu sa première réunion au cours du quatrième trimestre de 2022. La première réunion s’est concentrée sur l’établissement de relations, l’alignement des responsabilités et des attentes des membres du comité, et la co-création de méthodes de travail. Par exemple, il a été décidé que les réunions mensuelles auraient lieu à deux heures différentes pour tenir compte de l’étendue des fuseaux horaires dans lesquels vivent les membres.
Le comité de planification des jeunes de WD2023 se réunit mensuellement d’octobre 2022 à juillet 2023 et effectue une grande partie de son travail au sein de sous-comités spécifiques, en fonction des résultats que le comité est chargé d’obtenir. Le personnel de Women Deliver et les conseiller·ère·s régional·e·s ont régulièrement rencontré des membres individuels ou de petits groupes de membres du comité pour faire le point, répondre aux préoccupations et faire avancer le travail commun. Les membres du comité ont travaillé collectivement à la conception des programmes destinés aux jeunes de WD2023, qui était encore en cours d’élaboration au moment de la rédaction de cette publication.
Mise en application de la participation et de la co-direction équitables des jeunes dans l’élaboration des politiques au sein du gouvernement
Les gouvernements doivent impliquer les jeunes dans l’élaboration des politiques et des programmes afin de s’assurer que ceux-ci répondent à leurs propres besoins. Cela peut également entraîner un financement supplémentaire pour les initiatives et les programmes menés par les jeunes, et fournir ce financement au niveau national est l’approche la plus durable à long terme pour garantir l’appropriation et la poursuite de ces programmes.
Compte tenu de leurs méthodes de travail formelles et parfois bureaucratiques, les gouvernements ont besoin de mécanismes institutionnalisés permettant aux jeunes de s’engager équitablement dans l’élaboration des politiques et des programmes. Les gouvernements peuvent institutionnaliser la participation des jeunes de manière significative et équitable de diverses manières, notamment par les moyens suivants :
- Mettre en place des conseils consultatifs formels pour les jeunes au sein de ministères spécifiques ou fournir aux jeunes une plateforme pour co-créer avec les décideur·euse·s politiques.
- Nommer des jeunes à des postes publics, à des comités et à d’autres organes de direction où des décisions clés sont prises, surtout si celles-ci touchent les jeunes. Toutefois, il convient d’éviter une approche tokenisée dans laquelle les jeunes ne sont sélectionnés qu’en raison de leur âge ; il faut plutôt nommer les jeunes à des rôles en raison de leur expertise et de leur expérience vécue.
- Veiller à ce que les budgets alloués aux programmes pour les jeunes ne soient pas réduits ou dépriorisés en cas de mesures de réalignement budgétaire ou de situations exigeant des mesures d’austérité.
- Développer des formations sur mesure pour les jeunes qui participent à l’élaboration des politiques afin de renforcer leurs capacités et leurs connaissances, en se basant sur les besoins et les attentes réels des jeunes. Cela peut même commencer avec des jeunes d’âge scolaire qui peuvent se présenter aux conseils d’école ou participer à des programmes tels que le modèle des Nations Unies ou le Parlement fictif.
- Établir des partenariats avec des organisations communautaires et des organisations dirigées par les jeunes qui ont l’habitude de travailler de manière équitable et constructive avec les jeunes.
- Développer une approche détaillée et gouvernementale de la participation et de la co-direction équitables des jeunes, qui s’applique à tous les ministères et agences. Cette approche unifiée garantira que toutes les agences travaillent ensemble et défendent les mêmes valeurs en ce qui concerne la participation des jeunes. Cela permet aux jeunes de s’engager et de participer plus facilement aux mécanismes gouvernementaux, ce qui débouche sur de meilleures politiques et de meilleurs programmes.
En outre, les gouvernements ne devraient pas seulement se concentrer sur des moyens innovants d’impliquer les jeunes dans l’élaboration des politiques, mais aussi réfléchir à la manière dont ils travaillent avec les organisations dirigées par les jeunes. Cela signifie qu'ils doivent écouter les organisations dirigées par les jeunes et comprendre comment elles veulent s’associer au gouvernement et quelles sont les ressources et le soutien dont elles ont besoin.
Étude de cas :
Participation et co-direction équitables des jeunes au sein du gouvernement norvégien
En 2019, le gouvernement norvégien a introduit une nouvelle loi, la loi sur l’administration locale35, prévoyant la création de conseils de jeunes dans toutes les municipalités de Norvège afin de permettre aux jeunes de se faire entendre dans les prises de décision locales. Les membres des conseils des jeunes peuvent exercer leur mandat pendant deux ans maximum et doivent être âgés de moins de 19 ans au moment de l’élection. La loi prévoit également que la municipalité veille à ce que les jeunes soient informé·e·s des décisions prises par la municipalité y compris également les raisons derrière chacune. En 2022, la Direction norvégienne de l’enfance, de la jeunesse et des affaires familiales (Bufdir)36 a élaboré un guide à l’intention des conseils des jeunes nouvellement créés, en consultation avec plusieurs conseils des jeunes déjà établis à Karasjok, Alta et Hammerfest, soulignant le rôle que jouent ces conseils dans la promotion de la participation des jeunes aux processus décisionnels. Le guide présente des exemples de bonnes pratiques pour les conseils des jeunes, notamment sur la manière d’impliquer les jeunes dans le recrutement, d’animer les réunions et d’établir des partenariats avec les représentant·e·s de l’administration locale.
Comment évaluer la participation équitable des jeunes ? À quoi ressemble une participation efficace et équitable des jeunes du point de vue des jeunes ?
Évaluer la participation et la co-direction équitables des jeunes peut s’avérer fastidieux et difficile. Le nombre de jeunes impliqué·e·s dans un projet ou une activité peut constituer un bon point de départ, mais il est important d’aller au-delà des chiffres et de prendre en compte la qualité et la profondeur de leur implication. Demander aux jeunes un retour sur leurs expériences et évaluer l’impact à long terme de leur participation peut apporter des informations précieuses sur l’efficacité des initiatives de participation des jeunes. L’évaluation de la diversité et de l’inclusivité des activités de participation peut garantir que chaque jeune a une chance égale de participer et de contribuer.
Pour que la participation des jeunes soit équitable et efficace, il faut qu’ils soient traité·e·s comme des partenaires et des décideur·euse·s à part entière dans les projets ou les programmes qui ont un impact direct sur leur vie. Cela signifie que les jeunes doivent avoir leur mot à dire dans la planification, la conception, la budgétisation et la mise en œuvre des initiatives, et qu’ils et elles doivent recevoir le soutien et les ressources nécessaires pour apporter une contribution significative. Les processus décisionnels doivent être accessibles à tous·tes les jeunes, sans coercition ni discrimination.
Apporter un soutien financier, logistique et émotionnel et discuter à l’avance des besoins des jeunes n’est pas seulement crucial pour une participation équitable des jeunes, c’est aussi un impératif éthique. Les jeunes apportent des connaissances et des expériences vécues précieuses et méritent d’être rémunéré·e·s comme n’importe quel autre expert·e. Les soutenir par des indemnités et des rétributions financières, rémunérer leur temps et leur fournir des contrats n’en sont que quelques exemples. Il est essentiel de reconnaître la valeur de leur temps et de leurs efforts.
Citations
22a) Organiser la participation. (n.d.). L’échelle de la participation des enfants. Consulté le 2 mai 2023, sur le site https://organizingengagement.org/models/ladder-of-childrens-participation/
22b) Youth Do It. (n.d.). Fleur de participation. Consulté le 2 mai 2023 sur le site https://www.youthdoit.org/themes/meaningful-youth-participation/flower-of-participation/
22c) Women Deliver. (n.d.). Participation significative des jeunes : Partager le pouvoir, favoriser le progrès, entraîner le changement.. Consulté le 2 mai 2023 sur le site https://womendeliver.org/publications/meaningful-youth-engagement-sharing-power-advancing-progress-driving-change/
23. Crenshaw, K. (1990). Cartographier les marges : Intersectionnalité, politique de l’identité et violence à l’encontre des femmes de couleur. Stanford Law Review, 43(6), 1241-1299. Consulté le 2 mai 2023 sur le site https://www.jstor.org/stable/1229039
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27. Ibid
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